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Église du Christ
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Jean 1.35-44

Que cherchez-vous ?

© Max Dauner

Entrée en matière

Le titre de cette étude vient de la toute première parole de Jésus dans l'évangile selon Jean. C'est une question qui s'adresse en réalité à tout homme : « Que cherchez vous ? »

La plupart d'entre nous ne sauraient pas donner à cette question une réponse bien profonde. Nous ne savons pas ce que nous cherchons. Et, par conséquent, nous ne savons pas qui nous sommes. Or, puisque c'est là une perspective trop effrayante, nous nous tranquillisons l'esprit en faisant semblant de savoir qui nous sommes. Nous sortons des banalités absurdes telles que « Acceptez-vous tel que vous êtes ». Un conseil bon peut-être pour les cornichons ou les vaches mais désastreux pour les hommes et les femmes. Le philosophe anglais John Stuart Mill disait : « Il vaut mieux être un être humain insatisfait qu'un cochon satisfait, il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait. » Notre insatisfaction fait partie de ce qui fait de nous des êtres humains.

Jésus vient vers nous, il nous apporte des réponses. Mais il doit d'abord nous mettre à l'épreuve : « Que cherches-tu ? » Autrement dit : « Tes questions sont-elles les questions auxquelles je suis la réponse ? » Que cherchons-nous ? Le plaisir, le prestige, le pouvoir, la célébrité, l'argent, la santé ? Si oui, Jésus n'est pas notre réponse, il ne répond pas à notre attente, il ne comble pas nos désirs. Le problème c'est que notre coeur est trop petit pour lui. Nous ne visons pas assez haut. Il veut que nous voulions plus que ce que nous voulons pour que nous voulions ce qu'il veut nous offrir.

Ce que Jésus veut nous offrir, c'est Dieu lui-même. Jean 17.3 (TOB) : 3a Or la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu… Trouver Dieu, c'est la vie éternelle, c'est le ciel, et la recherche de Dieu est la porte du ciel. Ne pas trouver Dieu c'est l'enfer, et ne pas le chercher c'est la porte de l'enfer. Ce n'est pas vrai que le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions. Il est pavé de l'absence d'intentions: on ne fait que suivre le courant, on vivote sans trop réfléchir.

Les plus grands penseurs de l'occident, tels que Salomon, Platon, Aristote, saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, Pascal, ont tous construit leurs philosophies autour de la recherche d'une finalité ultime, de la satisfaction plénière de notre désir le plus profond. Ils passent en revue toutes les satisfactions secondaires recherchées par les hommes – le plaisir, le pouvoir, les richesses, le devoir, etc. – et parviennent à la conclusion : « O Dieu, tu nous as faits pour toi et notre coeur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi. »

L'auteur de cette phrase, saint Augustin, a proposé une petite expérience pour nous montrer que c'est effectivement Dieu qui est l'objet de nos aspirations les plus élevées. Supposons que Dieu vous apparaît un jour et vous dit : « Bon, je vais te proposer un marché. Je te donnerai tout ce que tu veux : le plaisir, le pouvoir, les honneurs, les richesses, la liberté et même la paix intérieure et une conscience tranquille. Rien ne sera pour toi un péché, rien ne te sera interdit, rien ne te sera impossible. Tu ne connaîtras jamais la souffrance, tu ne mourras jamais. La seule condition, c'est que… tu ne verras jamais ma face. Jamais tu ne me connaîtras. »

Quand j'étais au C.E.S., mon émission préférée à la télé était une série de science fiction appelée La quatrième dimension. Un épisode en particulier me restera à jamais gravé dans la mémoire. C'était l'histoire d'un petit truand qui, au cours du cambriolage d'un magasin, se fait abattre par la police. Il meurt donc et se retrouve, à son grand étonnement, dans un appartement luxueux. Un bonhomme en costume – un genre de gérant – entre par la porte du fond, sort de sa veste un petit calepin et dit : « Monsieur, je suis à votre service. » Le truand ressuscité n'en revient pas. Il n'avait jamais imaginé qu'il finirait autrement qu'en enfer.

Alors, le gérant se met à noter et à exaucer ses moindres désirs : de belles femmes, des vêtements de luxe, les meilleurs whiskies, de l'argent à la pelle, des amis voyous, des jeux de casino. Son appartement finit par ressembler à une vraie boîte de nuit. Or, après quelque temps, le truand commence à s'ennuyer. « Je n'aurais jamais cru, dit-il, que je pourrais m'embêter avec des nanas ! J'ai envie de me remettre au boulot. »

Le gérant organise donc pour lui quelques holdups. Mais tout est trop facile, et il se plaint au gérant, qui note tout dans son calepin : « Il faut au moins qu'il y ait du danger, il ne faut pas que cela me tombe tout rôti dans le bec. » Les casses se font alors de plus en plus difficiles. Les complices du truand sont abattus, lui-même ne réussit à s'échapper que de justesse. Seulement, il se rend compte à la longue que tout est programmé, qu'il s'en sortira à tous les coups. Il commence à devenir fou d'ennui. Finalement il appelle le gérant : « Tant pis, je veux aller en enfer. Je ne supporte plus le ciel ! » Et au gérant de prononcer la dernière réplique de l'émission : « Mais, Monsieur, qui vous a jamais dit que vous étiez au ciel ? »

Voilà la vérité terrible qui court comme un refrain à travers tout le livre de l'Ecclésiaste. Tant que nous ne connaissons pas le Dieu du ciel, tant que ce désir-là – le plus profond de tous – n'est pas satisfait, tout le reste n'a pas plus de sens que de poursuivre le vent. « Vanité des vanités, tout est vanité. »

Les occupations et les entreprises par lesquelles nous donnons un sens à notre vie à court terme ne lui donnent pas pour autant un sens à long terme. Nous avons beau remplir nos villes, remplir nos esprits, remplir nos ventres, remplir nos comptes en banque, remplir notre emploi du temps, si nous ne remplissons pas notre coeur, si le plus grand désir de notre coeur reste insatisfait, notre vie est, comme le disait Macbeth, « une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie et qui ne signifie rien ».

Si notre existence sur la terre n'est pas une route qui mène au ciel, elle n'est qu'un tour de manège. Nous ne faisons que tourner en rond. Chaque élément de notre vie a sa raison d'être, mais quelle est la raison d'être du tout ? Chaque rouage de la machine qu'est notre civilisation est là pour le bon fonctionnement de la machine. Mais pourquoi la machine est-elle là ?

Un jour où vous en aurez le temps, prenez une heure pour aller vous asseoir sous un autopont. Quand vous y serez bien installé depuis un moment et que les bruits de la circulation auront bien pénétré votre conscience, posez-vous la question : Pourquoi ? Pourquoi cet autopont est-il là ? Pour permettre aux gens de se rendre au boulot. Pourquoi vont-ils au boulot ? Pour gagner de l'argent. Pourquoi gagnent-ils de l'argent ? Pour payer des impôts. Pourquoi payent-ils des impôts ? Mais voyons, pour faire construire des autoponts !

Vous voyez ? Nous désirons des choses telles que des autoponts parce que ce sont des moyens. Mais pour arriver à quelle fin ? Simplement pour arriver à encore d'autres moyens ? Quel est le but de tout l'ensemble ? Quelle est la finalité de notre vie ? Que cherchons-nous ?

Introduction

Le texte où Jésus pose cette question – Jean 1.35-44 – nous présente successivement trois petits récits de vocation : d'abord André et son compagnon anonyme (versets 35 à 39) ; ensuite Simon Pierre, le frère d'André (versets 40 à 42) ; enfin Philippe, l'ami d'André (versets 43 à 44). La vocation de Nathanaël appartient également à cette section, mais nous la traiterons séparément dans la prochaine étude.

La conversion de ces quatre premiers disciples semble presque instantanée : ils se mettent à suivre Jésus dès la première rencontre. Ils tombent comme des fruits mûrs. Qu'est-ce qui les amène si vite à la foi ? Sont-ils nés comme ça, dotés d'une faculté génétique que d'autres n'ont pas eu la chance d'hériter ? Est-ce leur finesse théologique ? Jean va nous le montrer : ce qui les rend si réceptifs à l'appel du Christ, c'est qu'ils attendaient quelque chose de Dieu. Ils sont déjà en recherche. Et pour Jean, cette attente, nourrie de toutes les promesses faites par Dieu dans l'Ancien Testament, fait de ces hommes de « vrais juifs ».

La vocation d'André et de son compagnon

Jean 1.35 (XLD) : 35 Le lendemain, de nouveau, Jean se tenait là avec deux de ces disciples. La présence de ces disciples auprès de Jean-Baptiste indique déjà qu'ils ne se contentent pas du statu quo religieux en Israël, qu'ils ne s'étaient pas installés confortablement dans le formalisme satisfait de soi qu'était devenu le judaïsme rabbinique. Jean n'était guère l'homme de la religion établie : « Bande de serpents ! Si vous croyez pouvoir échapper au jugement de Dieu, vous vous gourez ! » disait-il au pharisiens.

Jean 1.36 (XLD) : 36 Regardant Jésus en train de marcher, il dit : « Voici l'Agneau de Dieu ! » Voici Celui qui va réaliser le dessein de Dieu. Le Père mène à bonne fin son plan non par le culte, mais par « son » Agneau. Ce témoignage a déjà été proclamé dans la scène précédente. On peut en constater maintenant ses fruits : il va amener au Messie ses premiers disciples. Les tout premiers parmi d'innombrables millions qui, au cours des siècles et jusqu'à nos jours, ont suivi le Christ.

Jean 1.37 (XLD) : 37 Les deux disciples l'entendirent ainsi parler et suivirent Jésus. Il suffit d'un simple témoignage de la part de Jean-Baptiste pour que ces deux hommes se mettent à la suite de Jésus. Dieu les avait attirés à son Fils par la longue attente d'Israël, une attente nourrie par les merveilleuses promesses des prophètes et éveillée par la bonne nouvelle annoncée par Jean-Baptiste. Jean 6.44-45 (XLD) : 44 « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire […] 45 Quiconque a écouté le Père et reçu son enseignement vient à moi. »

Il ne faut pas nous imaginer que les nobles aspirations qui hantent nos rêves sont de notre propre création ! C'est le Père qui suscite en nous cette sainte insatisfaction – cette soif de vie et de pureté – que lui seul peut combler. Celui qui met ces rêves dans notre coeur ne les portera-t-il pas à leur achèvement ? 1 Thessaloniciens 5.24 (FC) : 24 Celui qui vous appelle accomplira cela, car il est fidèle. Celui qui a créé la beauté ne nous donnera-t-il pas la faculté de l'apprécier ? Celui qui a créé en l'homme la musique de l'éternité ne nous donnera-t-il l'ouïe pour l'entendre ? Celui qui a créé l'air ne nous donnera-t-il pas des poumons pour le respirer ? Remplira-t-il notre coeur des aspirations profondes et indicibles que nous ressentons à nos meilleurs moments sans nous donner le moyen de les atteindre ?

Jean 1.38 (XLD) : 38 Alors Jésus se retourna et, voyant qu'ils le suivaient, leur dit. Il semble que ces disciples, peut-être trop timides pour aborder directement le Maître, marchaient à quelque distance derrière lui. Alors Jésus se retourne pour leur parler, et ce geste leur ouvre la porte de la vie éternelle.

Laissez-moi vous dire quelque chose. Quand quelqu'un le cherche dans un coeur loyal et bon, le Christ se fera connaître à lui. Il dira plus loin au sujet de Nathanaël : Jean 1.47 (XLD) : 47 « Voici vraiment un Israélite sans détour ! » C'est-à-dire, sincère, sans artifice, dans sa religion. Un vrai juif. Quand vous dites d'un coeur sincère et sans arrière-pensée : « Je veux le pardon, je veux renoncer à mon péché, je veux la paix, l'amour, la joie, je veux connaître le sens de ma vie ! », alors le Christ se retournera et se fera connaître à vous. Même avec tous vos doutes et toutes vos conceptions religieuses erronées. Car vous ne seriez pas en train de chercher si le Père ne vous avait pas déjà attiré. Jean 6.37 (XLD) : 37 « Tout ce(ux) que me donne le Père arrivera jusqu'à moi et celui qui vient à moi je ne le jetterai pas dehors. » Jésus n'a pas laissé en plan ces deux disciples de Jean. Il s'est retourné parce qu'il savait que leurs coeurs étaient bien disposés et qu'ils s'étaient laissés préparés par le Père.

Mais cela ne se passe pas toujours comme ça. Jean 2.23 (XLD) : 23 Comme il était à Jérusalem durant la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom en voyant les signes qu'il faisait. Ils étaient avides de miracles : « Quelle puissance ! Ah, il ferait pour nous un beau Messie ! » Et vous savez quoi ? Ils l'ont tous suivi, tout comme André et son compagnon. Vous direz : « Alors sûrement que Jésus s'est retourné et s'est fait connaître à eux. » Pas du tout. Jean 2.24-25 (XLD) : 24 Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux parce qu'il les connaissait tous, 25 et parce qu'il n'avait pas besoin que quelqu'un témoigne sur l'homme, car lui-même connaissait ce qu'il y avait dans l'homme. Le Christ se fie à ceux qui le cherchent d'un coeur sincère, et il sait qui est sincère et qui ne l'est pas. Aux foules qui le suivent, il dira dans le sermon sur la montagne : Luc 6.46 (TOB) : 46 « Et pourquoi m'appelez-vous "Seigneur, Seigneur" et ne faites-vous pas ce que je dis ? »

Il y a beaucoup de gens comme ça dans l'Église. Ils veulent se servir de Jésus plutôt que de le servir. Pour eux, l'Église est un genre de club où on peut avoir des amis et des activités sociales. Et c'est encore moins cher que la Maison pour tous ! Ils jouent à la religion et puis se demandent pourquoi il ne se passe jamais rien pour changer leur vie. Ils ne viennent pas au Christ dans un coeur sincère. Si tout ce que vous cherchez dans l'Eglise, c'est des amis, des divertissements et de belles cérémonies pour les fêtes, c'est que vous êtes passé complètement à côté. Non, Jésus sait qui sont les vrais chercheurs.

Le Christ se retourne et dit : Jean 1.38 (XLD) : 38b « Que cherchez-vous ? » Quelqu'un dira : « Si Jésus connaît déjà ce qui est dans le coeur de chacun, pourquoi leur pose-t-il cette question ? » C'est qu'il ne la pose pas pour lui-même, il la pose pour eux. Que cherchent-ils en venant vers lui ? A mon avis, ce sont deux types perplexes qui cherchent à savoir si ce Jésus est vraiment le Messie et si oui, qui veulent lui donner leur vie.

L'évangile nous montrera bien que les idées que les disciples se faisaient du Messie et du salut messianique restent bien en-deça de la vérité. Mais au moins ils attendaient quelque chose ! S'ils n'avaient rien attendu de Dieu, rien cherché, ils n'auraient jamais suivi ce jeune prophète. Jamais ils n'auraient reçu la révélation de l'amour de Dieu dans sa plénitude. Ils seraient restés assis au bord du chemin, tandis que Jésus passait. Hébreux 11.6 (TOB) : 6 Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu, car celui qui s'approche de Dieu doit croire qu'il existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent.

Or, ces deux hommes ne sont pas les seuls en Israël à attendre quelque chose de Dieu. Luc 2.25 (TOB) : 25 Or, il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël. Quelques versets plus loin, nous rencontrons la prophétesse Anne. Luc 2.38 (BJ) : 38 Survenant à cette heure même, elle louait Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Et enfin, le noble Joseph d'Arimathée. Luc 23.50-51 (TOB) : 50 Alors survint un homme du nom de Joseph, membre du conseil, homme bon et juste : 51 il n'avait donné son accord ni à leur dessein, ni à leurs actes. Originaire d'Arimathée, ville juive, il attendait le Règne de Dieu.

La piété de ces gens, loin de les figer dans un légalisme satisfait de soi, avait allumé en eux les flammes de l'espérance. Aussi consciencieux qu'ils soient dans la pratique de leur religion, ils ne pensent jamais que cette religion puisse les combler. Ils gémissent dans l'attente de quelque chose de meilleur, la réalité de Dieu lui-même. Ce sont eux que Jésus visait dans la béatitude de Matthieu 5.5 (TOB) : 5 Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés. La piété est une bonne chose tant qu'on en demande pas trop. Elle ne peut jamais prendre la place de Dieu lui-même.

Jean 1.38 (XLD) : 38b Ils lui répondirent : « Rabbi (c'est-à-dire Maître), où demeures-tu ? » Au sens le plus immédiat, les disciples sont en train de demander l'adresse de Jésus : où il habite et tient école, tel un rabbin. Nous savons, d'après l'évangile de Marc, que Jésus avait une maison à Capharnaüm ; mais sa demeure véritable, c'est auprès de son Père. C'est là qu'il veut nous mener avec lui. Jean 14.2-3 (TOB) : 2 « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures: sinon vous aurais-je dit que j'allais vous préparer le lieu où vous serez ? 3 Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. » Jean 17.24 (TOB) : 24 « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m'as donnés soient eux aussi avec moi, et qu'ils contemplent la gloire que tu m'as donnée, car tu m'as aimé dès avant la fondation du monde. »

Jean 1.39 (XLD) : 39a Il leur dit: « Venez et vous verrez. » Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. Il ne s'agit pas d'aller jeter un coup d'oeil à la maison où Jésus loge ce jour-là! Dans l'esprit de Jean, l'invitation « venez et vous verrez » vise la réalisation du dessein Dieu à la fin de la vie de Jésus, la révélation de la vie éternelle auprès du Père. 1 Jean 1.2 (FC) : 2 Quand cette vie est apparue, nous l'avons vue; c'est pourquoi nous vous en parlons et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été révélée.

Bien sûr, les deux disciples ont encore un très long cheminement à effectuer avant d'accéder à la pleine intelligence du dessein de Dieu. Mais ils font déjà le premier pas: ils acceptent de rencontrer Jésus et de demeurer avec lui, de l'écouter, de faire sa connaissance. « Venez et vous verrez. » Vous pouvez rester là pendant des années à vous demander qui est ce Jésus ; vous pouvez vous perdre dans des spéculations théologiques sans fin. Mais pour finir, il vaut mieux simplement venir voir, même avec vos doutes.

Comment faire cela ? Asseyez-vous et passez du temps avec lui. Lisez vous-même l'évangile. Fréquentez des gens qui connaissent le Christ. Si vous restez là à regarder du dehors, vous n'arriverez jamais à le connaître. Jésus a dit à ces deux disciples : «Venez et vous verrez. » Ils sont venus et ils ont vu.

Jean 1.39 (XLD) : 39b C'était environ la dixième heure. Soit, selon notre manière de compter, quatre heures de l'après-midi. Pourquoi saint Jean s'arrête-t-il pour nous préciser l'heure ? C'est que dans la Bible (et surtout dans les écrits de Jean), les chiffres ont souvent une valeur symbolique aussi bien qu'une valeur mathématique. Dix est un chiffre parfait qui représente une plénitude, ce qui est complet, ce qui peut être compté sur les deux mains. La rencontre du Messie et de ses premiers disciples venus de l'Ancien Testament marque l'accomplissement de l'attente. La dixième heure symbolique serait donc celle à laquelle Jésus fait allusion dans toute sa prédication : Marc 1.15 (TOB) : 15 « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Evangile. »

La vocation de Simon-Pierre

Jean 1.40-41 (XLD) : 40 André, le frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus. 41 Il rencontra en premier lieu son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie le Christ). » « Nous l'avons trouvé : l'oint de Dieu, le roi d'Israël ! Nous l'avons trouvé : Merveilleux – Conseiller, Dieu – Fort, Père à jamais, Prince de la paix ! Nous l'avons trouvé : le descendant d'Abraham, l'astre surgi de Jacob, le lion de la tribu de Juda, le rameau sorti de la souche de Jessé, le fils de David, l'étoile brillante du matin ! Nous l'avons trouvé ! L'attente est terminée ! » Vous voyez, ça c'est le côté humain de la conversion : nous l'avons trouvé. En réalité, qui a trouvé qui ?

Jean 1.42 (XLD) : 42b Et il l'amène à Jésus. Les trois fois que nous rencontrons André dans cet évangile, il est en train d'amener quelqu'un à Jésus (6.8-9 et 12.20-22). C'est là un don à ne pas sous-estimer. En général, on ne considère pas André comme une des grandes figures de l'Église primitive. On le connaissait à l'époque surtout comme « le frère de Simon Pierre ». André devait vivre à l'ombre d'un frère beaucoup plus doué que lui.

Mais il ne faut jamais oublier que c'est André qui a amené Pierre à Jésus, acte qui, selon William Temple, était peut-être « le plus grand service jamais rendu à l'Église par un être humain ». André n'était peut-être pas capable d'accomplir de grandes choses, mais il a amené Pierre, et Pierre, lui, a fait de grandes choses. Ce principe se vérifie constamment à travers l'histoire de l'Église.

Jean 1.42 (XLD) : 42b Le regardant, Jésus dit : « Tu es Simon, fils de Jean. » « Je te connais ! Tu es Simon le téméraire, Simon l'impulsif, Simon le changeant, Simon l'instable, Simon l'impétueux. » J'imagine que Simon, avec la personnalité qui était sienne, avait déjà une certaine réputation. Jean 1.42 (XLD) : 42c « Tu seras appelé Céphas (ce qui veut dire Pierre). » Céphas en araméen signifie « roc », « rocher » et non pas « caillou ». Le mot évoque solidité, stabilité, sécurité. La vocation de Simon sera d'être « Rocher », le roc sur lequel le Christ édifiera son Église.

Mais ce changement ne s'est pas effectué du jour au lendemain. Pendant tout le temps qu'il a passé avec Jésus, la spontanéité irréfléchie de Pierre lui faisait commettre gaffe sur gaffe. D'abord sur le mont de la transfiguration : « Maître, c'est bien que nous soyons ici. Nous allons dresser trois tentes. » Ensuite, quand Jésus annonce la nécessité de sa passion : « Non, cela ne t'arrivera pas ! – Arrière de moi, Satan ! » Et puis lors de l'arrestation de Jésus, Pierre tire son épée – « Je te défendrai, Maître ! » – et coupe l'oreille du serviteur du grand-prêtre. Enfin, trois fois dans la cour du même grand-prêtre : « Moi, disciple de Jésus ? Je ne connais pas cet homme ! »

Pierre restera longtemps impulsif et instable. Mais Jésus prononce sur lui cette prophétie : « Tu seras appelé Rocher ». Et Pierre finit par en devenir un : le premier d'entre les apôtres, l'appui de l'Église naissante et finalement un martyr pour sa fidélité au Christ.

Quelle transformation ! Le Christ peut transformer les vies ! Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Certains pensent que la conversion est le remède instantané de tous nos défauts de caractère et de tous nos problèmes psychologiques. Ce n'est pas ça. Si vous avez un caractère emporté et que vous devenez chrétien, vous aurez toujours un caractère emporté. Mais au moins vous aurez les ressources spirituelles pour y travailler. La vie chrétienne est un processus : je ne suis pas ce que j'étais (Dieu merci) mais je ne suis pas non plus ce que je serai (Dieu merci). Petit à petit, Dieu nous façonne à l'image de son Fils.

La vocation de Philippe

Jean 1.43-44 (XLD) : 43 Le lendemain [André] avait décidé de partir pour la Galilée et il rencontre Philippe. Et Jésus dit à celui-ci : « Suis-moi ! » 44 Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre. Après avoir trouvé son frère Simon, André va donc trouver son ami Philippe. Ainsi se propage la foi : un flambeau allumé sert à en allumer un autre. « Suis-moi ! » Voilà le côté divin de la conversion : le Sauveur à la recherche des hommes.

Conclusion

Que cherchons-nous ? Evidemment c'est Dieu que nous cherchons. Seulement, me direz-vous, ce désir n'est pas reconnu par tout le monde. Comment donc peut-on en prendre conscience ? Ce n'est pas seulement en écoutant des conférences ou en suivant des arguments philosophiques, c'est aussi en ressentant l'insatisfaction de notre coeur et la vanité de la vie sans Dieu. Le premier pas pour trouver la présence de Dieu c'est de ressentir son absence, le vide dans notre âme que lui seul peut combler. Nous sommes tous – pas seulement des gens religieux – faits pour nous nourrir d'une nourriture divine. Tout autre aliment nous laisse, en fin de compte, affamés.

Il vit en chacun de nous, au plus profond de notre coeur, un petit rossignol qui ne cesse pas de quémander ses graines pour oiseaux. C'est un petit oiseau casse-pieds mais infiniment précieux. Le problème, c'est qu'il vit au fond de nous, en-dessous d'un tas d'autres animaux plus grossiers et plus bruyants, dont chacun réclame lui aussi sa propre bouffe. Il est donc facile d'ignorer le rossignol et sa petite voix légère. Mais même quand nous l'ignorons, même quand nous travaillons comme des fous à nourrir les autres animaux, nous ne sommes jamais satisfaits. Car le rossignol c'est nous-mêmes, le vrai nous, et nous mourrons de faim.

Nous essayons alors de faire taire cette petite voix terrible. Nous envoyons au rossignol du canigou, du whiskas, des bananes (nourriture pour singes). Mais il continue à réclamer de la nourriture pour rossignol, et nous n'arrivons pas à en trouver. Et pourtant, bien qu'il n'ait rien à manger, le rossignol ne meurt pas, jamais il ne se tait. Voilà notre plus grand échec : ne pas satisfaire le désir profond de notre coeur.

Pour cacher cet échec, nous cherchons d'autres succès, nous nous activons à nourrir les autres bêtes. Pour cela nous avons à notre disposition une machine à nourrir les animaux merveilleusement efficace : la prodigieuse usine de diversions qu'est notre société moderne de consommation. Grâce à elle nous sommes trop occupés pour faire attention à notre rossignol. Et si nous sommes assez malins, nous arriverons à étouffer sa voix pendant toute notre vie – si nous avons le malheur d'être assez malins.

Nous avons beau ingurgiter toutes les boîtes de ronrons que le monde met sur le marché, nous finirons par mourir de faim, le coeur inassouvi. La question n'est pas de savoir si le bonheur et les succès du monde peuvent nous apporter une satisfaction durable, ils ne le peuvent pas. La question est de savoir si un jour nous aurons le courage de faire face à la vérité de notre coeur, de regarder notre rossignol dans les yeux et de lui demander : « Alors, qu'est-ce que tu veux ? » Et que demandera-t-il, le rossignol ? Un peu plus de canigou ? C'est ça que nous voulons : vivre un peu plus longtemps et avoir un peu plus de ce que nous avons déjà ? Ou bien désirons-nous un autre genre de vie, une vie éternelle, une vie divine, une vie de pureté et de lumière ?

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