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Église du Christ
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Jean 1.45-51

Quand vous verrez les anges, vous saurez pourquoi vous êtes croyant

© Max Dauner

Entrée en matière

J'aimerais que vous vous posiez une des questions les plus difficiles qu'on puisse poser au sujet de votre foi chrétienne : « Pourquoi êtes-vous croyant ? Pourquoi avez-vous confiance dans un Dieu que vous ne pouvez même pas voir ? Comment se fait-il que vos doutes ou vos souffrances n'ont pas eu raison de votre foi ? » Tout le monde le répète, et vous-même, vous vous êtes sans doute posé la question : « Est-ce bien logique de croire qu'il existe un Dieu bon dans le ciel alors que les choses vont si mal sur la terre ? »

Il existe, je crois, tapi quelque part en chacun de nous, un incroyant coriace qui ne veut pas mourir. Nous avons tous besoin de nous écrier avec l'homme qui a demandé à Jésus de guérir son fils dans Marc 9.24 (TOB) : 24 « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » Nous restons croyants parfois en dépit des apparences. Tout va si mal, comment Dieu ne serait-il pas mort ? Qu'est-ce qui nous fait donc revenir à la foi ? Quelle est notre vraie raison de croire ?

Introduction

Dans le texte de notre étude, Jean 1.45-51, Jésus va parler à un dénommé Nathanaël au sujet des raisons de la foi. Ce que le Christ dit à cet homme nous ramène au b a ba de la foi et à la vraie raison de croire en Dieu. Nous apprendrons que la raison la plus profonde de croire en lui n'est rien d'autre que notre expérience de sa grâce. Voilà, j'ai vendu la mèche. Regardons ensemble ce récit pour voir comment Jésus fait comprendre cette vérité à un nouveau disciple.

L'action se déroule autour de deux entretiens. Dans le premier, entre Philippe et Nathanaël, nous entendons les mauvaises raisons qu'allègue Nathanaël pour ne pas croire. Dans le deuxième dialogue, entre Nathanaël et Jésus, nous entendons la raison un peu maigre qui fait de Nathanaël un croyant. Jésus est prêt à accepter cette foi, si imparfaite qu'elle soit. Mais il sait que Nathanaël découvrira plus tard une raison bien meilleure.

L'entretien de Philippe et Nathanaël

Revenons un instant un peu en arrière pour nous remettre dans le contexte. Les versets précédents nous montrent Jésus en train d'appeler ses premiers disciples. Après André et son compagnon, après Simon Pierre, voici le quatrième candidat : Philippe. Jean 1.43-44 (XLD) : 43 Le lendemain [André] avait décidé de partir pour la Galilée, et il rencontre Philippe. Jésus dit à celui-ci : « Suis-moi ! » 44 Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre.

Quelle rencontre ! Il ne s'agit pas simplement de serrer la main du Maître au cours d'une réception pour rabbins itinérants : « Enchanté de faire votre connaissance ! Comment vous appelez-vous déjà ? » C'est, au contraire, une rencontre qui touche Philippe au plus profond de son âme. Jésus attire les coeurs, et Philippe se laisse saisir par le mystère et l'autorité de sa personne. Sa vie ne sera plus jamais comme avant. « Suis-moi ! » Je suis certain que Philippe ne comprenait pas encore grand-chose de la mission du Messie. Il a tout de même su croire, et par sa foi il est prêt à pénétrer dans le monde complètement inattendu de Jésus Christ.

Comme toute personne ayant fait une expérience qui change sa vie, Philippe brûle de la raconter à quelqu'un. Jean 1.45 (XLD) : 45 Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé: c'est Jésus, le fils de Joseph de Nazareth. » Tous les juifs connaissent les principaux passages de l'Ancien Testament qui annoncent la venue du Messie. (Selon l'historien Alfred Edersheim, les rabbins en avaient trouvé 456.) Ils savent que, né d'une femme, il doit délivrer les hommes de l'emprise du mal et de la mort, qu'il sortira de la famille royale de David pour régner sur Israël et le monde entier. « Celui que nous attendons depuis des siècles, nous l'avons découvert ! » annonce Philippe avec enthousiasme. « C'est le fils d'un ouvrier du village de Nazareth. »

Nathanaël doit penser que Philippe est la victime d'un lavage de cerveau : « Ca y est! Il s'est laissé embrigader dans une secte ! » Ou bien qu'il est en train de blaguer : « Bien sûr que tu viens de rencontrer le Messie. Je suppose que c'est un petit bonhomme vert sorti d'une soucoupe volante. Allez, Philippe, soyons sérieux. » Jean 1.46 (XLD) : 46 Nathanaël lui répondit : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » Ce trou perdu de la Galilée !

L'annonce de Philippe laisse Nathanaël sceptique. Et je peux le comprendre. Après tout, il n'avait jamais lui-même rencontré Jésus. Il n'a que la parole de Philippe : un témoignage de seconde main. Et Dieu sait que ce qu'il entend de Philippe ne correspond pas du tout à l'idée que les juifs s'étaient faite de l'origine du Messie. Les ennemis de Jésus diront plus loin : « Consulte les Ecritures. Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que doit sortir le Messie. »

Supposons que quelqu'un vient vous annoncer qu'il a découvert un jeune homme qui a les solutions de tous les problèmes de l'humanité. La solution de la prolifération des armements nucléaires, la solution de la crise dans l'ancienne Union soviétique, la solution du ralentissement économique, la solution de la faim mondiale, et même la solution de la dégradation écologique. C'est un jeune immigré qui sort de Trifouillis-les-Oies. D'accord, il est au chômage pour l'instant, il ne maîtrise pas très bien le français, mais c'est lui l'espoir des nations du monde. Nous serions sans doute tentés de dire : « Peut-il sortir de Trifouillis-les-Oies quelque chose de bon ? » Nous pouvons comprendre le scepticisme de Nathanaël.

C'est que toute la mission de Jésus va heurter ce que les juifs pensent savoir au sujet du Messie. On ne s'attend pas à ce que l'espoir de l'humanité soit le fils d'un petit artisan d'un village aussi minable que Nazareth. On ne s'attend pas à ce qu'il manifeste sa gloire par une mort ignominieuse sur une croix romaine. Esaie 53.1 (FC) : 1 Qui de nous a cru la nouvelle que nous avons apprise ? Qui de nous a reconnu que le Seigneur était intervenu ? Tout compte fait, je crois que les réticences de Nathanaël sont raisonnables. Elles finiront par s'avérer injustifiées, mais pour le moment elles sont compréhensibles.

Philippe semble en admettre autant, car il ne cherche pas a discuter avec Nathanaël. Il ne se met pas à présenter des arguments en faveur de Nazareth : « C'est quand même un brave petit village, il est très propre. » Philippe ne cherche pas à lui démontrer quoi que ce soit. En fait, il lui propose la seule réponse pratique que les croyants puissent jamais donner à un sceptique. Jean 1.46 (XLD) : 46b – « Viens et vois », lui dit Philippe. « Ne suis pas bêtement les préjugés de ton milieu, viens te rendre compte par toi-même. » Nathanaël ne reste pas bloqué sur ses idées préconçues, il suit son ami Philippe. Et cela nous amène à la deuxième partie de notre récit.

L'entretien de Jésus et Nathanaël

Jean 1.47 (XLD) : 47 Jésus vit Nathanaël qui venait à lui et il dit à son sujet : « Voici vraiment un Israélite sans détour ! » Cette salutation n'est pas une simple formule de politesse. Celui qui vient exprimer son scepticisme, Jésus l'accueille comme un Israélite authentique, un digne membre de la partie saine du peuple élu. C'est quelqu'un qui va droit son chemin, sans ambiguïté. Ce n'est pas encore un de ces pharisiens « comédiens » (c'est-à-dire hypocrites) qui pratiquent leur religion simplement pour s'assurer un certain prestige social. Lui c'est un vrai juif qui croit dans le Dieu d'Israël et qui attend quelque chose de lui.

Mais Nathanaël reste sceptique. Il ne va pas se laisser embobiner par la flatterie d'un homme qui ne le connaît même pas. Jean 1.48 (XLD) : 48 Nathanaël lui dit : « D'où me connais-tu ? » Jésus lui répondit : « Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. » Jésus fait deviner à Nathanaël qu'il est au courant d'un événement de sa vie qu'il pensait être seul à connaître. Il dit : « Je te connais bien, Nathanaël, même avant que Philippe n'aille te chercher. J'en sais bien plus long sur ton compte que tu ne peux imaginer. »

Nathanaël n'en revient pas. Son scepticisme fond comme une boule de neige au Sahara. « Miracle ! Ca y est! Je crois ! » Jean 1.49 (XLD) : 49 Nathanaël reprit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu ! Tu est le Roi d'Israël ! » Voilà ce qu'on appelle une conversion rapide ! Toutes les objections de Nathanaël sont balayées par une seule petite démonstration de connaissance surnaturelle. Pas besoin d'un délai de réflexion. Pas besoin d'un cours de formation à longue durée. Pas besoin d'aller consulter les théologiens de Jérusalem. Sa conviction éclate instantanément. Il confesse avec enthousiasme ce qu'il avait contesté dix secondes auparavant. Un seul signe de la puissance cachée de Jésus lui suffit pour croire.

Jean 1.50 (XLD) : 50 Jésus répartit : « Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois ! Tu verras mieux encore. » Si imparfaite et si faiblement appuyée que soit la foi de Nathanaël, Jésus l'accepte. Après tout, la foi c'est la foi. Nathanaël a saisi la première raison pour croire qui s'est présentée, et cela lui suffit pour le moment. C'est déjà un pas vers la lumière. Il lui restera pourtant encore beaucoup à découvrir dans la personne du Christ. Il a perçu et a rencontré Jésus comme il a pu, au point où il en était. Mais ce n'est là qu'un commencement. La révélation doit progresser. Le jour viendra où Nathanaël découvrira la vraie raison pour laquelle il croit au Christ.

Ce qui arrive à Nathanaël, je suppose que nous y passons tous. Nous agissons parfois pour des raisons que, sur le coup, nous considérons comme étant très bien fondées. Seulement, nous découvrons par la suite que la vraie raison de notre comportement était beaucoup plus profonde que nous l'avions imaginé. Prenons le cas où je me mets en colère contre ma femme. Quelle histoire ! Je crois que ma colère vient de ce qu'elle a égaré quelques-uns de mes papiers. Après une bonne nuit de repos, je me rends compte qu'en réalité, je passais sur ma femme la tension que je ressentais à cause de mon travail. « Ah, je comprends maintenant la vraie raison pour laquelle j'ai fait une chose si stupide. » Cela nous arrive à nous tous, à un moment ou un autre.

Il en est de même dans notre vie spirituelle. Il faut du temps et de la maturité pour découvrir les vraies raisons de notre comportement religieux, même des choses les plus fondamentales : croire, par exemple. Notre coeur a des raisons que notre intelligence est trop superficielle pour comprendre – au moins au départ.

Tel est le cas de Nathanaël, Jésus le sait parfaitement. « Le jour viendra, lui dit-il, où tu apprendras la vraie raison de ta foi. Oh oui, tu as déjà une raison : ce petit miracle qui t'a tellement impressionné. Mais il y a quelque chose de bien plus profond que cela. » Jean 1.51 (XLD) : 51 Et il lui dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis [Notez que le Christ passe ici du singulier « tu » au pluriel « vous ». A travers Nathanaël c'est Israël tout entier, c'est l'humanité tout entière qui est invitée à voir.], vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme. » Quand vous verrez les anges, vous saurez pourquoi vous êtes croyant.

Que peut donc signifier cette réponse mystérieuse ? Jésus fait manifestement allusion au célèbre rêve de Jacob. Vous vous souvenez peut-être de cette histoire dans le livre de la Genèse. Jacob est en train de fuir devant la colère de son frère Esaü, à qui il avait ravi un héritage. Mais en fuyant son frère, il se fait attraper par Dieu. Il fait une expérience de la grâce de Dieu, une expérience qui fera de lui un homme différent.

Genèse 28.10-17 (FC) : 10 Jacob quitta Berchéba pour se rendre à Haran. 11 Il s'installa pour la nuit là où le coucher du soleil l'avait surpris. Il prit une pierre pour la mettre sous sa tête et se coucha à cet endroit. 12 Il fit un rêve : une échelle était dressée sur la terre et son sommet atteignait le ciel. Des anges de Dieu y montaient et descendaient. 13 Le Seigneur se tenait devant lui et lui disait :

– Je suis le Seigneur, le Dieu de ton grand-père Abraham et le Dieu d'Isaac. La terre où tu es couché, je la donnerai à toi et à tes descendants. 14 Tes descendants seront aussi nombreux que les grains de poussière du sol. Vous étendrez votre territoire vers l'ouest et vers l'est, vers le nord et vers le sud. A travers toi et tous tes descendants, je bénirai toutes les nations de la terre. 15 Je suis avec toi, je te protégerai partout où tu iras et je te ramènerai dans ce pays. Je ne t'abandonnerai pas, je ferai tout ce que je t'ai promis. 16 Jacob s'éveilla et dit : – Vraiment le Seigneur est ici, mais je ne le savais pas. 17 Il eut peur et déclara : – Comme cet endroit est redoutable! Ce n'est rien de moins que la maison de Dieu et la porte du ciel!

Pour Jacob, cette échelle est un signe de la grâce de Dieu, le signe que Dieu lui veut du bien – lui le magouilleur, lui le fraudeur, lui le petit malin. En effet, c'est par ses ruses et ses tromperies que Jacob pense s'être emparé de la bénédiction paternelle. Maintenant la vison de l'échelle vient lui signifier qu'il pourra garder l'héritage. Ce n'est pas que Dieu récompense la malhonnêteté de Jacob, c'est qu'il veut le bénir malgré sa malhonnêteté. Il dit : « Je serai avec toi, j'accomplirai en toi les promesses que j'ai faites à tes pères. Non pas parce que tu es malin, mais uniquement parce que j'ai daigné me faire connaître à toi sur la terre, dans un lieu où tu ne t'y attendais pas du tout. »

C'est ici que commence l'éducation de Jacob dans la grâce de Dieu. (La grâce: tout le bien que Dieu veut faire pour nous dans notre vie fatiguée, brisée, souillée par le mal. Il nous fait savoir que tout va bien pour nous alors que nous savons pertinemment qu'il y a encore beaucoup de choses en nous qui ne vont pas.) Alors, Jésus dit à Nathanaël qu'il découvrira la vraie raison de sa foi quand il aura connu une expérience semblable à celle de Jacob: une révélation extraordinaire de la grâce de Dieu.

Revenons maintenant à notre question de départ: pourquoi êtes-vous croyant ? Si on faisait un sondage auprès des croyants et leur demandait pourquoi ils croient, on relèverait sans doute presque autant de raisons pour croire qu'il y a de croyants. Mais tout compte fait, ils partagent tous en réalité une raison unique et fondamentale. Ce n'est pas tellement une raison de la tête, c'est plutôt une raison du coeur.

Laissez-moi vous citer quelques-unes des raisons qui expliquent pourquoi moi j'ai la foi. Je pense que chacune de ces raisons est légitime. Je sais qu'aucune d'elles n'est suffisante en elle-même.

1. Ma famille.

J'ai la foi, premièrement, parce que j'ai été élevé dans une famille croyante. Je ne sais pas ce que je serais devenu si j'étais né dans une famille hindoue au fin fond de l'Inde. Il se trouve que j'ai été amené à croire en Dieu dès que j'ai quitté le biberon. Un cantique pour enfants dit : « Jésus m'aime, je le sais, car la Bible me le dit. » Moi j'aurais pu chanter : « Jésus m'aime, je le sais, car ma mère me le dit. » Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Un journaliste a demandé un jour au célèbre théologien Karl Barth : « Professeur, vous avez écrit de nombreux volumes au sujet de Dieu. Dites-moi, comment savez-vous que tout cela est vrai ? » Le grand érudit suisse a hésité un instant avant de répondre : « C'est ma maman qui me l'a dit. »

La famille est la société missionnaire par excellence. Nous croyons souvent parce que nos parents, les premiers, nous ont parlé de l'amour de Dieu et ont vécu cet amour devant nous.

Mais ça ne marche pas toujours comme cela. De nombreux enfants rejettent la foi à cause de leur famille. Ils en viennent à ne plus croire à l'amour d'un Père céleste parce qu'ils n'ont jamais connu l'amour de leurs parents terrestres. Il arrive également que des gens deviennent croyants malgré l'incrédulité de leurs parents. Notre famille peut contribuer à l'acquisition de la foi, elle n'est jamais la vraie raison de croire.

2. L'Eglise.

Je suis croyant, deuxièmement, parce que l'Église m'a entouré de son amour, s'est occupée de moi et, au besoin, m'a rempli de la crainte du Seigneur. Ma foi a été conçue dans le sein du corps du Christ. Saint Augustin a sans doute exagéré un peu quand il a dit : « Je ne croirais pas à l'Évangile si je ne croyais pas à l'Église. » Et pourtant, c'est bien l'Église qui a transmis le message de Jésus à travers les siècles et qui s'occupe de sa diffusion dans le monde. Elle est, dit l'apôtre Paul, « la colonne et le soutien de la vérité » (1 Timothée 3.15, FC). C'est dans la communauté des croyants que ma foi a été nourrie et enracinée dans la vie. Il faut donc attribuer à l'Église au moins une partie du mérite quand quelqu'un devient croyant.

Ce n'est pourtant pas encore là la vraie raison de la foi. En effet, l'Église constitue souvent un obstacle sérieux à la foi. Certains diraient même exactement le contraire de ce que disait saint Augustin. Ils diraient : « Je croirais peut-être bien à l'Évangile si ce n'était l'Église. » Quand les gens sont exposés au côté humain de l'Église – humain et donc peu reluisant et contaminé par le péché – ils deviennent cyniques plutôt que croyants. L'Église ne peut pas être la raison ultime de notre foi. Il faut quelque chose d'encore plus profond.

3. Les arguments.

Puis il y a une troisième raison: tous ces arguments historiques, philosophiques, scientifiques (ce que les théologiens appellent l'apologétique) invoqués pour prouver que Dieu existe et que Jésus est bien ce qu'il prétendait être. Il faut bien l'admettre : certains de ces arguments ne résisteraient pas à une bonne contre-attaque. Par contre, un bon nombre d'entre eux sont valables et ont contribué à appuyer ma foi, surtout à l'époque où j'étais étudiant.

Mais là encore, les arguments apologétiques ne peuvent pas être la raison profonde de la foi, en tout cas pas pour moi. Si je fondais ma foi sur ma propre capacité de la démontrer par des preuves, j'aurais toujours peur de rencontrer un jour un jeune philosophe brillant qui viendrait opposer à mes arguments des contre-arguments encore meilleurs.

Et puis il y a un tas de questions philosophiques pour lesquelles je n'ai pas de réponse satisfaisante. Je ne peux pas vraiment m'expliquer pourquoi certains gens doivent parfois tant souffrir, surtout des enfants innocents. Je ne saurais pas réfuter toutes les objections qu'élèvent contre la foi des scientifiques athées. Non, ma capacité de tout expliquer et de tout prouver par ma propre raison sera toujours un fondement insuffisant pour ma foi. Il faut que la vraie raison pour croire vienne d'ailleurs.

4. La Bible.

« La B-I-B-L-E, quel livre merveilleux. Je m'y tiens ferme et je crois toujours à la B-I-B-L-E. » Voilà ce que nous chantions, tout enfants, dans nos classes bibliques, comme notre prémisse épistémologique : prendre la Bible – le Livre – comme la source unique et suffisante de la foi. Le Livre nous parle de Jésus. Le Livre nous enseigne au sujet de la grâce. Le Livre nous dit ce qu'il faut croire. La foi chrétienne est l'héritière du Livre, elle se nourrit du Livre, elle est instruite par le Livre. Seuls les croyants qui ne cessent jamais d'écouter la Parole garderont leur foi vivante et intacte. L'Église qui se détourne du Livre finira inévitablement par faire naufrage en ce qui concerne la foi. La Bible est une raison solide pour croire au Christ.

Mais elle n'est pas, finalement, la raison réelle. Elle est une raison nécessaire mais pas suffisante. Je ne crois pas en Jésus parce que j'ai d'abord cru à la Bible ; je crois à la Bible parce que j'ai d'abord cru en Jésus. J'ai rencontré le Christ dans les Écritures, et j'ai su que le livre qui me raconte l'amour de Dieu en Jésus, qu'un tel livre doit dire la vérité. Jésus est la véritable raison pour croire à la Bible et non le contraire.

Eh bien, que me reste-t-il donc comme raison de ma foi ? Si ce n'est ni à cause de ma famille, ni à cause de l'Église, ni à cause de mes arguments, ni même à cause de la Bible, alors pourquoi suis-je croyant ?

Pourquoi suis-je croyant ?

Revenons à notre texte. Jean 1.51 (XLD) : 51 Et il lui dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme. » Jésus fait allusion, nous l'avons dit, à Jacob, le combinard malhonnête en qui la fourberie coulait comme l'eau descendant les chutes du Niagara. Le baratineur qui a carotté son frère de son héritage. Maintenant il s'enfuit. Il est en train de fuir son frère, il est en train de fuir son Dieu. Bien sûr, Jacob n'a pas la moindre chance, car Dieu s'est mis dans la tête de l'attraper. Jacob ne savait pas s'enfuir comme Dieu savait poursuivre. Quand finalement Dieu le rattrape, Jacob découvre que Celui qui le poursuivait n'était pas son ennemi mais son meilleur ami.

Le poète anglais Francis Thompson avait été toxicomane, clochard et je ne sais plus quoi d'autre avant de devenir chrétien. Dans son poème classique Le limier du ciel, il raconte sa propre fuite devant la grâce.

Je Le fuyais, au long des nuits, au long des jours,
Je Le fuyais, au long des arches des années ;
Je Le fuyais, par les chemins en labyrinthe
De mon esprit ; et dans la brume des larmes
Je me cachais de Lui, et sous la cascade du rire.
Par les espoirs en perspective je m'échappais,
Et je tombais, précipité,
Par les obscurités titanesques des terreurs en abîmes,
Devant ces Pas puissants qui me suivaient, qui me suivaient.
Mais d'une poursuite sans hâte,
Et d'une marche imperturbable,
D'une calme vitesse, d'une majestueuse instance,
Ils battaient – et une Voix battait,
Plus instante que les Pas –
« Toutes choses te trahissent, o toi qui me trahis ! »
. . . . . . . . . . . . . . . . .
« Etre pitoyable, futile, étrange !
Pourquoi donc faudrait-il que quelqu'un te réserve
Puisqu'aucun sinon Moi n'apprécie le néant »
« Puisque l'amour humain veut un mérite humain :
Et comment as-tu mérité,
O motte la plus terreuse de toute l'argile humaine ?
Hélas, tu ne sais pas
Combien de tout amour tu es indigne!
Qui trouveras-tu pour aimer ton ignominie,
Sinon Moi seul, sinon Moi seulement ?
Tout ce que je t'ai pris, je ne l'ai point pris
Pour te peiner
Mais seulement pour que tu puisses le chercher entre Mes bras.
Tout ce que ton erreur d'enfant
S'imagine perdu, je l'ai réservé pour toi chez moi en Ma demeure :
Lève-toi, prends Ma main, viens ! »
Le pas s'arrête près de moi :
Ma nuit serait-elle après tout,
L'ombre de Sa main, étendue pour une caresse ?
« Ah, pauvre sot, aveugle, faible,
Je suis Celui-là Que tu cherches
Et tu chassais l'Amour, qui Me chassais loin de toi ! »

Voilà ce que Jacob a découvert, lui qui fuyait l'amour de Dieu, lui qui fuyait la grâce. La vision de l'échelle lui signifiait que les lignes de communication s'étaient ouvertes entre le ciel et la terre. Dieu accepte de parler à Jacob et lui fait connaître tout le bien qu'il veut lui faire, à lui et à toute l'humanité. « Je serai avec toi, Jacob, je te garderai partout où tu iras. Jamais je ne t'abandonnerai. Et un jour, par un de tes descendants, je bénirai toutes les nations de la terre. » La vision des anges et de l'échelle est la vision de la grâce de Dieu qui pénètre dans la vie des hommes.

Or, Jésus dit à Nathanaël et à tous ses disciples qu'ils verront eux aussi des anges. Non pas des anges réels qui montent et descendent une échelle. Jésus veut dire que Nathanaël comprendra un jour la vraie raison pour croire en lui. Non pas un miracle de connaissance surnaturelle, mais une expérience de la grâce de Dieu. Non pas dans un rêve passager, mais sur une colline solitaire en dehors de Jérusalem. C'est là qu'il rencontrera le Limier du ciel, le Limier qui poursuit de son amour sa proie humaine.

Conclusion

Voici la conclusion de l'affaire. Moi aussi, j'ai vu l'échelle de Jacob et les anges qui assurent la liaison entre Dieu et les hommes ; moi aussi, j'ai vu le ciel s'ouvrir sur Celui qui a apporté à la terre la grâce divine. Voilà pourquoi je suis croyant. Non pas parce que j'ai été élevé dans une famille chrétienne. Non pas parce que l'Église m'a mis le grappin dessus avant qu'il ne soit trop tard. Non pas parce que je suis arrivé à tout expliquer par ma propre intelligence. Non pas parce que j'ai été d'abord persuadé que la Bible disait vrai.

Je crois parce que la grâce de Dieu m'a saisi et me saisit encore au plus profond de mon être et ne me lâchera plus. Jean Calvin a dit : « La foi c'est le récipient vide du coeur prêt à recueillir l'amour que Dieu verse en nous par le Christ. » La raison la plus profonde de notre foi, c'est que nous nous savons aimés de Dieu, qui, du haut de la croix du Christ, nous a tendu la main. Là, nous déposons notre incrédulité et nous devenons croyants.

En dernière analyse, je suis croyant parce que Dieu n'arrête pas de me poursuivre de sa grâce, de me subjuguer de son amour. Quand je fais le mal – non pas simplement quand je tombe par mégarde dans une faute ou commet une erreur, mais quand je me salis du péché sans aucune circonstance atténuante – il vient purifier ma conscience souillée et me faire connaître le goût exquis de son pardon. Quand je me sens incapable de tenir le coup, il vient me donner discrètement un coup de pousse. Quand je perd courage, il vient m'entourer du parfum subtil de l'espérance.

Chaque fois qu'il me fait à nouveau goûter de son amour, il me rappelle la vraie raison pour laquelle je crois. Cette raison, il me l'a fournie le jour où il a ouvert le ciel, a posé une échelle sur la terre et m'a fait connaître sa grâce. Après la croix, je ne peux m'arrêter de croire, même quand mon intellect me dit que trop de choses vont trop mal dans le monde pour que Dieu existe vraiment. Car quand je ressens le triomphe de sa grâce dans mon âme assiégée, je sais qu'au fond tout va bien pour moi et que tout ira bien partout avant que ce Dieu-là en ait fini avec nous.

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