Croire en Jésus malgré la souffrance

© Max Dauner (max.dauner
@wanadoo.fr)


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Le problème du mal est le problème le plus grave du monde. C'est aussi l'unique objection sérieuse qu'on peut formuler contre l'existence de Dieu. En rédigeant La somme théologique, saint Thomas d'Aquin s'est efforcé d'énumérer au moins trois objections à chacune des milliers de thèses qu'il cherchait à prouver dans cette œuvre magistrale ; il n'a pu trouver que deux objections contre l'existence de Dieu. La première objection est le pouvoir que les sciences naturelles semblent posséder d'expliquer tout ce que nous expérimentons dans la vie sans avoir recours à l'hypothèse de Dieu ; et la deuxième objection c'est le problème du mal.

Plus d'hommes et de femmes ont abandonné la foi à cause du problème du mal que pour toute autre raison. Il s'agit certainement de la plus grande épreuve que peut subir la foi, de la plus grande tentation à l'incrédulité. Et ce n'est pas simplement une objection intellectuelle. Nous ressentons ce problème. Nous le vivons. Voilà pourquoi le livre de Job nous fascine tant.

On peut énoncer ce problème très simplement : Si Dieu est si bon, comment se fait-il qu'il y ait tant de mal dans le monde ? Si celui qui préside au monde et dirige tout est un Dieu parfait en bonté, parfait en sagesse, parfait en amour, parfait en justice et parfait en puissance, pourquoi semble-t-il faire si mal son boulot ?

Quand un incroyant pose cette question, c'est d'habitude qu'il ressent de l'amertume et qu'il se rebelle contre Dieu, ce n'est pas simplement qu'il lui manque des preuves pour croire que Dieu existe. Dans son livre Surpris par la joie, qui raconte sa conversion au christianisme, C. S. Lewis dit (p. 112) : « J'affirmais que Dieu n'existe pas. J'étais cependant furieux contre lui parce qu'il n'existait pas, et également furieux parce qu'il avait créé le monde. »

Quand vous parlez à une telle personne, dites-vous bien que la raison de son incrédulité, ce n'est pas qu'il trouve intellectuellement insuffisante l'hypothèse de Dieu, c'est plutôt qu'il se sent trahi par un ami infidèle.

La solution du problème du mal doit comporter au moins quatre éléments. Premièrement, le mal n'est pas une chose, une entité, un être. Tout être est soit le Créateur, soit une créature créée par le Créateur. Or tout ce que Dieu a créé est bon, d'après le livre de la Genèse. Nous avons la tendance naturelle de concevoir le mal comme une chose : un nuage ténébreux, ou une tempête violente ou un visage menaçant ou des saletés. Mais ces images nous induisent en erreur. Si Dieu est le Créateur de toutes choses et que le mal est une chose, alors il s'ensuit que Dieu est le Créateur du mal, c'est de sa faute si le mal existe. Or, le mal n'est pas une chose, c'est la déformation du bien. C'est un mauvais choix ou les dégâts causés par un mauvais choix. Le mal n'est pas une créature pas plus que ne l'est la cécité ; par contre, il est tout aussi réel que la cécité. Ce n'est pas une chose, mais ce n'est pas pour autant une simple illusion.

Deuxièmement, le mal n'a pas son origine dans le Créateur mais dans la créature qui choisit librement le péché et l'égoïsme. Faites disparaître tout le péché et tout l'égoïsme dans le monde et vous auriez le paradis sur terre. Même les maux d'ordre naturel -- maladies, catastrophes, etc. -- ne nous rendraient plus aigris et amers. Les saints endurent et même embrassent la souffrance et la mort, tout comme les gens qui s'aiment embrassent, par amour, des défis héroïques. Par contre, ils n'embrassent pas le péché.

En outre, la cause du mal physique est le mal spirituel ; la cause de la souffrance est le péché. Le livre de la Genèse commence par nous raconter l'histoire d'un Dieu parfaitement bon qui crée un monde parfaitement bon. Ensuite, en racontant l'histoire de la chute de l'humanité, il répond à la question inévitable : « Comment se fait-il que le mal et la mort y soient entrés ? » Comment devons-nous comprendre cela ? Comment est-ce que le mal spirituel (le péché) peut causer le mal physique (la souffrance et la mort) ?

Dieu est la source de toute vie et de toute joie. Par conséquent, quand l'âme humaine se rebelle contre Dieu, elle perd sa vie et sa joie. Or, un être humain est un corps aussi bien qu'une âme. Nous sommes des créatures unifiées et non pas divisées : non pas corps et âme mais plutôt une âme incarnée ou un corps « âméfié ». Par conséquent, le corps doit partager le châtiment de l'âme. Un châtiment aussi naturel et inévitable que les os que vous casserez si vous vous jetez du cinquième étage ou la crise de foie que vous choperez si vous mangez de la nourriture avariée, plutôt qu'un châtiment aussi artificiel et arbitraire qu'une mauvaise note en rédaction ou une tape sur les mains pour avoir subtilisé un biscuit.

Savoir si cette conséquence du péché était un changement d'ordre matériel opéré dans le monde ou bien simplement un changement d'ordre spirituel dans la conscience humaine -- si « l'épine et le chardon » ne poussaient dans le jardin qu'après la chute ou bien s'ils avaient toujours été là mais n'étaient ressentis comme quelque chose de pénible qu'après la chute -- c'est là une question qu'on peut discuter. Dans un cas comme dans l'autre, le lien entre le mal spirituel et le mal physique est aussi resserré que le lien qui unit les deux choses qu'ils affectent : l'âme humaine et le corps humain.

Si l'existence du mal est la conséquence du libre arbitre et que le libre arbitre doit son origine à Dieu, cela ne fait pas remonter l'origine du mal jusqu'à Dieu ? Seulement dans la mesure où les parents, en mettant leurs enfants au monde, sont à l'origine des méfaits que commettent ces enfants. Le Dieu tout-puissant a partagé avec nous un peu de son pouvoir en nous accordant de choisir librement. Préférions-nous qu'il ne nous ait pas créés ainsi ?

L'aspect le plus terrible du problème du mal, c'est le mal éternel, l'enfer. L'existence de l'enfer ne réfute-elle pas l'existence d'un Dieu bon et tout-puissant ? Non, car l'enfer est la conséquence de la liberté. Nous choisissons librement l'enfer pour nous-mêmes ; Dieu ne jette personne en enfer contre son gré. Si la créature humaine est vraiment libre de dire oui ou de dire non à la demande en mariage du Créateur, alors il est possible que la créature humaine dise non, éternellement. Voilà ce qu'est l'enfer, essentiellement. La liberté a été créée par l'amour de Dieu. Par conséquent, l'enfer est le résultat de l'amour de Dieu. Tout est le résultat de son amour.

Aucun homme ou femme sain d'esprit ne se réjouit de ce que l'enfer existe. Mais l'enfer n'est que le mal éternisé. Si le mal existe et si l'éternité existe, alors l'enfer peut exister aussi. Ce serait de la mauvaise foi intellectuelle de nier l'existence du mal sous prétexte que le mal est choquant et désagréable. Il en est de même pour l'existence de l'enfer. Le chemin de la réalité a des passages durs, il nous réserve beaucoup de surprises et de terribles dangers. Pour arriver chez nous, nous avons désespérément besoin d'une carte routière fiable, plutôt que de confort psychologique. On dit souvent : « Je ne peux pas croire que l'enfer existe, ce serait trop horrible. » On pourrait en dire autant d'Auschwitz. On pourrait en dire autant du Golgotha.

Le troisième élément que doit comporter toute solution au problème du mal est l'élément le plus important : comment résoudre ce problème dans la pratique et pas uniquement en théorie ; dans la vie et pas uniquement dans la pensée. Bien que le mal soit un problème très sérieux pour la pensée (car il semble réfuter l'existence de Dieu), c'est un problème encore plus grave dans la vie (car il incite les gens à se barricader contre Dieu). Même si, dans le domaine de la pensée, la solution théologique vous paraît obscure et incertaine, la solution dans la pratique est aussi claire que le soleil. La solution de Dieu au problème du mal c'est son Fils Jésus Christ.

La réponse de Dieu au problème de la souffrance n'est pas simplement une parole mais la Parole ; pas simplement une idée, mais une personne. Les idées sont abstraites, les personnes sont concrètes. Notre solution ne peut pas être une simple idée, aussi vraie, aussi profonde, aussi utile qu'elle soit. Dieu est lui-même notre réponse. Il ne s'est pas contenté de masquer notre péché et notre souffrance, de jeter sur eux un voile pudique. Il y est entré lui-même, comme un dentiste ou un éboueur, afin de tout nettoyer. Il est devenu, en fait, notre éboueur. Il a touché et enlevé nos ordures les plus dégoûtantes. Il est devenu homme, nous l'avons vu de nos yeux, nos mains l'ont touché. La réponse de Dieu est l'événement le plus incroyable de toute l'histoire.

Même le diable ne s'attendait pas à une telle folie. Que Dieu accepte de se laisser prendre au piège de Satan, qu'il accepte d'entrer dans le jeu de Satan, sur son terrain, dans l'étreinte de la mort sur la croix ; qu'il donne à Satan la possibilité de chérir éternellement avec une jubilation démoniaque le souvenir des mots terribles que Dieu le Fils adresse à Dieu le Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » : voilà une chose que l'œil n'a pas vue, que l'oreille n'a pas entendue et qui n'est pas montée au cœur de l'homme (1 Corinthiens 2.5).

Que Dieu puisse délivrer l'homme de son aliénation en introduisant l'aliénation au sein de la Trinité ; que Dieu puisse vaincre le mal en laissant le mal remporter son triomphe suprême, impensable : le déicide, l'introduction de la mort dans la vie du Dieu immortel ; que Dieu puisse détruire le mal en se laissant détruire par le mal : voilà la folie de Dieu qui est plus sage que les hommes et la faiblesse de Dieu qui est plus forte que les hommes (1 Corinthiens 1.25).

Le pouvoir de l'ennemi devient l'instrument de sa propre défaite. Le complot astucieusement orchestré de Satan, exécuté comme prévu par ses agents Judas, Pilate, Hérode et Caïphe, a abouti à la mort de Dieu. Et cet événement même, la conclusion de Satan, était la prémisse de Dieu. La fin de Satan était le moyen de Dieu. Et il a sauvé le monde. Les chrétiens célèbrent le plus grand mal, la plus grande tragédie de l'histoire comme le vendredi saint. Pour emprunter l'imagerie de l'Apocalypse, l'Agneau immolé rencontre le Dragon monstrueux au championnat du monde de boxe et remporte la victoire en versant son propre sang. Le projet sanglant de Satan devient le moyen de sa propre spoliation. Dieu regagne les captifs de Satan (nous) en acceptant librement de mourir à notre place.

C'est là, évidemment, l'histoire la plus connue du monde. Et pourtant, elle est aussi la plus étrange. Elle n'a jamais perdu son caractère étrange et impressionnant, et elle ne le perdra pas, même dans l'éternité, où les anges rêvent de contempler les choses qui ne suscitent chez nous que bâillements et indifférence. Et, aussi étrange que soit cette histoire, elle renferme la seule clé qui ouvre la serrure de nos vies torturées. Nous avions besoin d'un chirurgien. Il est venu plonger ses mains dans nos plaies sanglantes et béantes. Il ne s'est pas contenté de nous donner un placebo ou des comprimés ou des conseils. Il s'est donné lui-même.

Il est venu. Il est descendu dans notre espace et temps et souffrance. Il est venu. C'est là le fait saillant, la vérité capitale qui nous empêche de nous faire sauter la tête. Il est venu. Job est satisfait même si le Dieu qui est venu ne lui donne aucune réponse aux milliers de questions qui lui torturent l'esprit. Dieu a fait la chose la plus importante et il a donné le cadeau le plus important : lui-même.

En venant dans notre monde, il est entré dans notre souffrance. Il s'assoit à nos côtés à l'intérieur de notre voiture calée dans la neige. Parfois il nous redémarre le moteur ; mais, même quand il ne le fait pas, il est là. C'est la seule chose qui compte finalement. Qu'importent les voitures, la réussite professionnelle, les miracles et une longue vie quand Dieu est assis à côté de vous ? Il est à côté de nous quand nous sommes au plus bas. Sommes-nous abattus ? Il est abattu avec nous. Nous a-t-on rejetés ? Est-ce qu'on nous méprise, non pour nos mauvaises actions, mais pour le bien que nous faisons ou essayons de faire ? Lui « était méprisé, laissé de côté par les hommes ».

Nous arrive-t-il de verser des larmes de désespoir ? Sommes-nous hantés par le vieux démon familier du chagrin ? Nous trouvons-nous en train de crier : « Ah non ! Pas encore ! Je n'en peux plus ! » ? Lui était « homme de douleurs, familier de la souffrance ». Sommes-nous incompris ? Repoussés de tous ? Lui était « celui devant qui l'on cache son visage » tel un paria ou un lépreux. A-t-on trahi notre amour ? Nos amitiés les plus chères ont-elles été brisées ? Lui aussi a aimé et fut trahi par ceux qu'il aimait. Jean 1.11 (TOB) : 11 Il est venu dans son propre bien et les siens ne l'ont pas accueilli. Avons-nous parfois l'impression que nous n'avons pas vraiment vécu, que nous sombrons dans l'oubli et la futilité ? Lui sombre avec nous. Lui aussi a été ignoré, laissé de côté par le monde.

Comment est-ce qu'il nous considère aujourd'hui ? Sans doute avec tristesse mais jamais avec mépris. Nous ajoutons à ses blessures. Il y a maintenant près de deux mille clous dans sa croix. Nous, les bien-aimés qu'il désirait avec tant d'affection, restons froids et distants devant son amour. Et lui continue à entourer le monde de soins attentifs, comme une poule qui couve ses œufs ou comme une mère contre laquelle tous les enfants se sont retournés. Il reste auprès de nous non seulement dans nos souffrances mais aussi dans nos péchés. Il ne nous tourne pas le dos quel que soit le nombre de fois que nous lui tournons le dos. Il supporte nos plaies et nos cicatrices spirituelles, nos sarcasmes et nos cris, nos haines et notre arrogance, rien que pour être avec nous. Avec nous : voilà le mot de l'amour.

Descend-il dans tous nos enfers ténébreux ? Oui. Descend-il dans la violence ? Oui. Il a souffert lui-même la violence et nous a laissé un exemple que, jusqu'à ce jour, seule une poignée d'hommes courageux ont osé suivre. Et le plus remarquable de ces hommes dans notre siècle n'est même pas un chrétien mais un hindou. Descend-il dans la folie ? Oui, même dans ces ténèbres-là. Même dans la folie du suicide ? Oui, il peut descendre jusque-là. Il trouve ou fait de la lumière même là, dans les ténèbres de l'esprit, peut-être pas dans ce monde-ci mais dans le monde à venir.

Car il a forcé la porte la plus ténébreuse de toutes et a laissé la lumière de l'autre côté couler à flots dans notre monde pour nous éclairer le chemin, puisqu'il a changé le sens de la mort. Il n'est pas simplement revenu de la mort à la vie, il a changé le sens de la mort. Par conséquent, il a changé le sens de toutes les petites morts que nous subissons au long de notre vie, toutes les souffrances qui anticipent sur la mort et en constituent des avant-goûts. Nous perdons des petits morceaux de vie tous les jours : notre santé, notre force, notre jeunesse, nos espoirs, nos rêves, nos amis, nos enfants, nos vies. Toutes ces parcelles de vie glissent, comme de l'eau tombant goutte à goutte, entre nos doigts désespérés et tremblants.

Et nous ne pouvons absolument rien pour arrêter l'écoulement. Les seules vies qui ne fuient pas sont celles qui sont bonnes pour l'inondation. Les seuls cœurs qui ne se brisent pas sont ceux qui passent tout leur temps à se construire des petits cocons de sécurité et de confort égoïste dans une tentative illusoire de se protéger contre le raz-de-marée de larmes qui finira tôt ou tard par les submerger.

Mais il est venu dans la vie et dans la mort, et il continue à venir. Il est encore là. Matthieu 25.40 (TOB) : 40 « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! » Il est là. Il demeure en nous et nous en lui. Nous sommes son corps. Il est gazé dans les fours d'Auschwitz. Il est méprisé à Soweto. Il est découpé en morceaux dans les camps de la mort qui existent par milliers en toute légalité dans notre monde, des cliniques d'extermination pour bébés à naître et trop petits pour qu'on se soucie d'eux. Il est l'âme la plus ignorée de l'univers. « La victime, le souffre-douleur. » Il met en pratique ce qu'il prêche : quand nous lui giflons sur la joue droite, il nous tend aussi l'autre. Voilà ce qu'est l'amour, voilà ce que fait l'amour, voilà ce que reçoit l'amour.

Il est venu par amour. Uniquement par amour. Les mouches qui s'agglutinaient autour de la croix, le coup du marteau romain qui enfonçait les clous dans sa chair atrocement tendre, le coup infiniment plus douloureux de la haine que son propre peuple portait à son cœur : pourquoi tout cela ? Pour l'amour. Dieu est amour, tout comme le soleil est feu et lumière. Il ne peut cesser d'aimer pas plus que le soleil ne peut cesser de briller.

Désormais, quand nous sentons les marteaux de la vie s'acharner sur notre tête ou notre cœur, nous pouvons savoir qu'il est là avec nous à encaisser les coups. Chaque larme que nous versons devient sa larme. Il ne les essuiera peut-être pas encore, mais il les fait siennes. Que préférions-nous ? Nos propres yeux sans larmes ou ses yeux remplis de larmes ? Il est venu. Il est là. C'est ça qui compte. Même s'il ne guérit pas tout de suite tous nos os brisés, tous nos cœurs brisés et toutes nos vies brisées, il y entre lui-même, il est brisé comme le pain, et nous sommes nourris.

Et il nous montre que nous pouvons désormais nous servir de notre état brisé pour nourrir ceux que nous aimons. Nos échecs mêmes contribuent à la guérison d'autres vies ; nos larmes mêmes aident à essuyer d'autres larmes ; la haine que nous subissons vient au secours de ceux que nous aimons. Quand ceux que nous aimons le plus nous raccrochant au nez, lui reste en ligne. Sa présence avec nous nous rend capables d'être avec ceux qui refusent d'être avec nous. Toutes nos souffrances peuvent être transformées en son œuvre. Voilà pourquoi l'apôtre Paul dit que ses propres souffrances aident à compléter ce qui manque encore aux souffrances du Christ en faveur de son corps, qui est l'Église (Colossiens 1.24).

Ainsi, Dieu a non seulement résolu le problème de la souffrance il y a presque deux mille ans, il est en train de le résoudre encore aujourd'hui dans nos vies. La solution de nos souffrances, ce sont nos souffrances ! Toutes nos souffrances peuvent contribuer à son œuvre, la plus grande œuvre jamais réalisée, l'œuvre de la rédemption : aider à gagner la joie éternelle pour ceux que nous aimons.

Comment ? On peut y arriver à une condition : que nous accueillions le Christ et son œuvre dans la foi. Sa part du boulot est terminée (« Tout est accompli, dit-il sur la croix. »). Notre part consiste à accueillir cette œuvre et la laisser œuvrer dans notre vie, y compris dans nos larmes. Nous les offrons en sacrifice à Dieu, et il s'en sert pour accomplir des choses tellement puissantes que nous serions frappés de stupeur si nous pouvions les voir à l'avance.

Que signifie donc la souffrance pour le chrétien ? C'est l'invitation que nous fait le Christ à le suivre. Jésus s'avance jusqu'à la croix et nous invite à le suivre jusqu'à cette même croix. Non pas parce que c'est une croix, mais parce que c'est la sienne. La souffrance est bénie non parce que c'est la souffrance mais parce que c'est la sienne. La souffrance n'est pas le contexte qui explique la croix, la croix est le contexte qui explique la souffrance. La croix donne un sens nouveau à la souffrance : ce n'est plus simplement une affaire entre moi et Dieu, c'est maintenant une affaire entre moi et le Père et le Fils crucifié. Le Christ nous permet de participer au mystère de sa croix parce que c'est le moyen par lequel il nous permet de participer à la vie intime de la Trinité, aux échanges entre le Père et le Fils.

Pour résumer, Jésus a fait trois choses pour résoudre le problème de la souffrance. Premièrement, il est venu. Il a souffert avec nous. Il a pleuré. Deuxièmement, en devenant homme, il a changé le sens de notre souffrance : elle fait maintenant partie de son œuvre rédemptrice. Nos affres de la mort deviennent les douleurs de l'enfantement pour le ciel, non seulement pour nous mais aussi pour ceux que nous aimons. Troisièmement, il est mort et il est ressuscité, il est monté au ciel. Par sa mort, il a payé le prix de notre péché. Par sa résurrection, il a changé le sens de la mort, il a transformé le trou noir en porte, la fin en commencement. Par son ascension, il nous a ouvert les portes du ciel.

Au ciel, quand toutes nos larmes auront disparu, nous les évoquerons -- chose incroyable -- en riant ! Non pas des rires de dérision mais de joie. Cela nous arrive un peu déjà ici bas, vous savez. Quand une grande difficulté est levée, un grand problème est résolu, une maladie grave est guérie, une grande peine soulagée, tout nous paraît différent quand nous le regardons rétrospectivement. Souvenez-vous de la parole audacieuse de sainte Thérèse : de notre point de vue au ciel, la vie terrestre la plus misérable fera figure d'une seule mauvaise nuit passée dans un hôtel inconfortable !

Revenons un peu en arrière. Nous avons commencé par un mystère : pas simplement le mystère de la souffrance mais le mystère de la souffrance dans un monde supposé avoir été créé par un Dieu d'amour. Comment disculper Dieu et le tirer de ce dilemme philosophique ? La solution de Dieu est Jésus Christ. Dans la personne de Jésus, Dieu ne vient pas dégager sa responsabilité, il vient se charger de nos souffrances. Voilà pourquoi la doctrine de la divinité du Christ est si importante. Si ce n'est pas Dieu, mais simplement un homme remarquable, qui est là, cloué sur la croix, alors Dieu n'entre pas dans nos souffrances. Et, si Dieu n'entre pas dans nos souffrances, alors il n'est pas disculpé. Comment oserait-il rester là assis sur son trône céleste à ignorer nos larmes ?

Il existe, comme nous l'avons vu, une seule bonne raison pour ne pas croire en Dieu : le problème du mal. Dieu lui-même a répondu à ce problème, non pas par des mots mais par des actes et par des larmes. Jésus est les larmes de Dieu.

Le quatrième élément de notre solution doit quand même traiter le problème philosophique. N'est-ce pas une contradiction d'ordre logique que de prétendre qu'il existe un Dieu bon et tout-puissant qui tolère tant de mal et de souffrance dans le monde alors qu'il a le pouvoir de les supprimer instantanément ? Pourquoi le mal frappe-t-il les bons ? Cette question fait trois suppositions très discutables.

Premièrement, qui a jamais dit que nous étions bons ? La question devrait consister à savoir non pas pourquoi le mal frappe les bons mais plutôt pourquoi il arrive du bien à des gens mauvais. Si la bonne fée dit à Cendrillon qu'elle peut porter sa robe magique jusqu'à minuit, la question qu'elle devrait poser n'est pas « Pourquoi n'ai-je pas le droit de la garder plus longtemps ? » mais plutôt : « Qu'est-ce qui me vaut cet honneur ? » La question consiste à savoir non pas pourquoi le verre est à moitié vide mais pourquoi il est à moitié rempli, car toute bonté est un don. Les meilleurs d'entre nous sont ceux qui hésitent le plus à s'appeler bons. Les pécheurs se prennent pour des saints alors que les saints savent très bien qu'ils sont pécheurs. L'homme le plus saint qui ait jamais vécu a dit, Luc 18.19 (TOB) : 19 « Nul n'est bon que Dieu seul. »

Deuxièmement, qui a jamais dit que les souffrances et les tristesses de la vie n'ont que du mauvais ? Une vie sans épreuves produirait de sales gosses gâtés et des tyrans plutôt que des saints joyeux. « L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, / Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert » écrit le poète Musset. Le rabbin Abraham Heschel dit plus simplement : « De toute façon, qu'est-ce qu'il peut bien savoir, l'homme qui n'a pas souffert ? »

La souffrance peut travailler à produire un plus grand bien : la sagesse, par exemple ou la patience. La Bible ne dit pas que tout ce qui nous arrive est bien. Elle dit, Romains 8.28 (TOB) : 28 Nous savons d'autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein. Jacques 1.2-4 (TOB) : 2 Prenez de très bon cœur, mes frères, toutes les épreuves par lesquelles vous passez, 3 sachant que le test auquel votre foi est soumise produit de l'endurance. 4 Mais que l'endurance soit parfaitement opérante, afin que vous soyez parfaits et accomplis, exempts de tout défaut.

Troisièmement, qui a jamais dit qu'il nous fallait connaître tous les desseins de Dieu ? Qui nous a jamais promis toutes les réponses ? Les animaux ne peuvent pas comprendre grand-chose à notre sujet ; pourquoi devrions-nous être capables de tout comprendre au sujet de Dieu ? Le message le plus évident du livre de Job, le plus grand traité jamais écrit sur le problème du mal, c'est que nous ne savons pas tout simplement ce que Dieu est en train de fabriquer. C'est là une leçon assez dure à apprendre : que nous sommes ignorants, que nous sommes des enfants ! Pas étonnant que Socrate ait été déclaré l'homme le plus sage du monde par l'oracle de Delphes ; car seul Socrate savait qu'il ne possédait pas la sagesse, et c'est là la vraie sagesse pour l'homme.

Un enfant piégé au dixième étage d'un immeuble en feu ne peut discerner à travers la fumée les pompiers qui tiennent leur filet de sécurité. Ils lui crient : « Vas-y, saute ! Nous t'attraperons. Aie confiance en nous. » L'enfant objecte : « Mais je ne vous vois pas. » Le pompier répond : « Ça ne fait rien, moi je te vois très bien. » L'enfant, c'est nous ; le feu, c'est le mal ; la fumée, c'est notre ignorance ; le pompier, c'est Dieu ; le filet de sécurité, c'est le Christ.

Il existe bien de situations où nous devons remettre notre vie entre les mains d'êtres humains faillibles, où nous devons avoir confiance dans ce que nous entendons et non pas dans ce que nous voyons. Ne serait-il pas raisonnable d'avoir confiance dans le Dieu omniscient et infaillible quand nous l'entendons parler dans sa parole même si nous ne voyons pas par notre raison ou notre expérience ? Nous ne pouvons pas savoir tous les desseins de Dieu, mais nous pouvons savoir pourquoi nous ne savons pas.

Dieu nous a quand même beaucoup révélé. En envoyant le Christ, il a soulevé le voile sur le problème du mal. À la croix, le plus grand mal jamais commis -- le plus grand mal spirituel et le plus grand mal physique, le plus grand péché (le déicide) et la plus grande souffrance (l'amour parfait haï et crucifié) -- est révélé comme le cœur du plan de Dieu pour accomplir le plus grand bien, pour sauver le monde du péché et de la souffrance éternellement. La plus grande injustice de tous les temps est intégrée dans le plan du salut que saint Paul appelle « la justice de Dieu ». L'amour trouve toujours un moyen. L'amour est très malin. Encore faut-il lui faire confiance.

La souffrance est sans doute la meilleure raison au monde pour perdre ou abandonner la foi, mais c'est aussi la meilleure raison au monde pour garder la foi. Autrefois, les adversaires du christianisme reprochaient à la religion d'être une béquille. Ils avaient tout à fait raison, c'est exactement ce que c'est. Quoi de plus nécessaire à un boiteux qu'une béquille ? Et, si vous vous imaginez que vous n'êtes pas boiteux, c'est que vous avez dû quitter le monde réel il y a quelques décennies pour prendre des vacances sur la lune.

Le romancier Walker Percy, quand on lui a demandé pourquoi il s'est converti au christianisme, a répondu : « Qu'y a-t-il d'autre ? » Une fois que nous nous rendons compte que nous sommes en train de nous noyer, nous ne nous plaignons pas si la seule arche de salut sent l'étable.

Si vous souffrez en ce moment, sachez que cela s'accorde parfaitement avec ce que Dieu a prédit, avec son dessein parfait de sculpter votre âme et de sauver votre monde. Ne vous en laissez-vous pas troubler ni abattre. 1 Pierre 4.12 (TOB) : 12 Bien-aimés, ne trouvez pas étrange d'être dans la fournaise de l'épreuve, comme s'il vous arrivait quelque chose d'anormal. 13 Mais, dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse. La souffrance offert en sacrifice au Christ est un investissement déposé dans la banque de la joie éternelle.

Si vous ne souffrez pas en ce moment, n'oubliez pas de prier régulièrement pour ceux qui souffrent, surtout ceux que vous connaissez personnellement. « La prière a accompli plus de choses que le monde ne puisse imaginer. » (Tennyson). La force des martyrs était soutenue par les prières des fidèles. Et, quand vient votre tour de souffrir, ces mêmes prières vous soutiendront, vous aussi.

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